Gortina, la mère des lois écrites de l'Occident

Adham Koenderink

Updated: 26 Mai 2026 ·

Gortina, la mère des lois écrites de l'Occident

Gortina, la mère des lois écrites de l'Occident
photo de siviaggia.it

La Crète, joyau de la Méditerranée, est appréciée pour ses plages dorées, ses villages pittoresques et ses paysages qui semblent peints. Mais parmi les destinations les plus fascinantes et les moins fréquentées se trouve un endroit qui renferme toute la puissance de l'histoire, de la culture et de la nature crétoise : Gortina.

Au cœur de la fertile plaine de Messara, dans la partie sud de l'île, c'est un lieu qui a su résister au temps, laissant émerger ses ruines avec une aura solennelle et magnétique, un témoignage vivant de la grandeur d'un passé qui a profondément marqué l'identité du territoire.

Une capitale oubliée, cœur battant de l'antiquité

Ruines de l'ancienne ville de Gortina, Crète
Ruines de l'ancienne ville de Gortina photo de siviaggia.it

Peu de gens se souviennent aujourd'hui que Gortina fut autrefois la véritable capitale de la Crète. À partir de 67 après J.-C., sous l'Empire romain, la ville connut une époque de splendeur qui dura près de mille ans. C'était un centre économique, culturel et religieux de premier plan, au point d'accueillir trois marchés principaux, deux imposants aqueducs, cinq théâtres et une série de temples et de mausolées en pierre sculptée.

Durant la période augustéenne, elle joua un rôle central sur la carte politique et administrative de l'Empire : on y respirait la grandeur de Rome mais aussi le raffinement de la civilisation crétoise, dans une combinaison fascinante qui se reflète encore dans les restes architecturaux et artistiques éparpillés dans la région. Et tandis qu'Auguste se divertissait entre réformes et banquets, la ville se développait et devenait un "laboratoire vivant" de culture et de droit.

En se promenant parmi les ruines, le premier élément qui attire le regard est sans aucun doute la Cathédrale de Saint-Tite, qui domine le paysage : construite en pierre sculptée et enrichie d'éléments architecturaux de rare élégance, en plus de représenter un lieu de culte, elle est un point de connexion entre l'âme spirituelle de l'île et sa tradition millénaire.

En continuant vers l'est, on rencontre une galerie à ciel ouvert de statues, d'inscriptions et de sculptures qui racontent des histoires de dieux, d'empereurs et de citoyens : l'art romain se mêle au goût hellénique, donnant vie à une collection qui enchante et surprend.

Mais il est impossible de ne pas s'arrêter devant le Théâtre antique, édifié au Xème siècle, juste en face du Conservatoire : autrefois scène de drames et de chants, il conserve intact son charme, comme si les voix des acteurs et des musiciens résonnaient encore parmi ses gradins.

La Grande Inscription, un code pour comprendre le monde ancien

Le véritable chef-d'œuvre de Gortina est cependant un document sculpté dans la pierre, un monument à la pensée et à la civilisation : La Grande Inscription.

Il s'agit d'une collection organique de lois, gravées sur de grands blocs de calcaire disposés en quatre rangées, formant douze colonnes denses de normes. Chaque colonne abrite plus de cinquante lignes, où il est question de droit familial, d'héritage, de divorce, d'adoption, mais aussi de délits, d'affaires commerciales et de libertés personnelles.

C'est le plus ancien code législatif du monde occidental, une sorte de constitution avant la lettre qui nous permet de découvrir la mentalité d'une civilisation qui, bien que lointaine dans le temps, abordait des questions encore d'actualité aujourd'hui.

Nature et légende sous le platane toujours vert

Mais Gortina n'est pas seulement pierre et histoire : près des ruines se dresse un platane toujours vert qui défie les saisons et reste verdoyant même pendant les mois les plus froids.

Son ombre est chargée de suggestions et de légendes, une étape parfaite pour une pause de réflexion ou pour se laisser bercer par la magie d'un temps suspendu.

Le charme des environs

À quelques pas de Gortina, s'ouvre un aperçu de paradis : Lendas, un petit centre balnéaire où le temps semble ralentir, et la mer devient un miroir pour l'âme. Les eaux cristallines et les plages silencieuses offrent la conclusion idéale d'une journée passée parmi les fastes du passé.

Enfin, si la soif d'histoire est encore vivante, on peut se diriger vers le Prétoire, un imposant bâtiment de 1 000 mètres carrés qui accueillait autrefois les fonctionnaires romains : marcher parmi ses ruines suscite un sentiment de respect et d'émerveillement. Non loin, ce qui reste du Temple d'Apollon et d'un petit théâtre fait ressortir des fragments d'un culte qui a marqué les siècles.